Bâti au XIe siècle sur la colline qui domine la ville, le château de Begur ne garde plus que ses murs crénelés, mais sa vue embrasse la Costa Brava centrale, en Espagne, de la plage de Sa Riera aux îles Medes. Pour visiter le château de Begur, la montée se fait à pied depuis la vieille ville, et le panorama récompense chaque marche.
Repères sur le castell de Begur
- Origine
- Forteresse élevée au XIe siècle par le seigneur Arnust de Begur sur l'une des plus hautes collines de la commune.
- Propriétaire
- La ville de Begur depuis 1604 : le château n'est jamais revenu entre des mains privées.
- Visite
- Ruines restaurées au XXe siècle, en plein air, avec une rotonde de céramique qui nomme chaque point de vue sur la côte.
Où se trouve le château de Begur ?
Le château de Begur occupe le sommet d'une colline isolée, juste au-dessus du centre historique de Begur, une commune du Baix Empordà, en Catalogne, sur la partie centrale de la Costa Brava. Depuis la mer, on le repère de loin : sa silhouette crénelée coiffe le village et sert de repère aux plaisanciers comme aux randonneurs du chemin de ronde.
La position explique tout le reste de son histoire. Begur s'étire sur un massif calcaire qui avance dans la Méditerranée entre la baie de Pals au nord et la côte de Palafrugell au sud. Du haut de la colline, la vue porte à la fois sur la plaine de l'Empordà, vers l'intérieur des terres, et sur les criques découpées qui font la réputation de la commune : Sa Riera, Aiguablava, Sa Tuna, Aiguafreda, Fornells ou Platja Fonda.
Le village de Begur se trouve à l'écart de la route côtière principale : on y monte depuis Palafrugell ou depuis Pals par une route de colline. Les voitures se garent en contrebas de la vieille ville, et la suite se fait à pied. Pour situer le château parmi les autres curiosités de la commune, la page Begur de notre rubrique Costa Brava centre recense ce que la ville offre entre le centre et le littoral.
Arnust de Begur et la naissance d'une forteresse
Le château de Begur naît au XIe siècle, quand le seigneur féodal Arnust de Begur le fait bâtir au sommet de la colline. Des restes ibériques retrouvés sur le site montrent pourtant que l'emplacement servait déjà bien avant le Moyen Âge : une hauteur d'où l'on surveille à la fois la mer et l'arrière-pays attire les occupants de toutes les époques.
Le choix d'Arnust répond à une logique militaire simple. Une forteresse sur ce sommet contrôle les accès par la côte, voit arriver les navires de loin et domine les chemins qui relient le littoral aux villages de la plaine. Le seigneur y gagne aussi un symbole : un château visible depuis toute la contrée affirme son pouvoir sur les terres et les hommes du Baix Empordà.
De la forteresse médiévale, il ne reste aujourd'hui que la base des murs et l'enceinte sommitale. Les documents anciens décrivent un ensemble plus vaste, avec tour, logis et bâtiments de service, mais aucune reconstitution fiable de son plan d'origine ne circule auprès du public. Le visiteur découvre donc une ruine, et c'est précisément ce qui fait le charme du lieu : un belvédère de pierre, ouvert au vent, plutôt qu'un monument fermé.
Des Cruïlles à la commune : les propriétaires successifs
Le château de Begur change plusieurs fois de mains au fil des siècles, jusqu'à sa cession définitive à la ville. Le roi Pierre IV d'Aragon, dit le Cérémonieux, le vend en 1360 à la famille Cruïlles, une lignée noble de l'Empordà, qui le conserve pendant près de deux siècles et demi. En 1604, le baron Carles de Vilademany i Cruïlles le cède à la municipalité de Begur.
Cette vente de 1604 pèse lourd dans l'histoire locale : depuis cette date, le château appartient à la commune et ne retourne jamais au secteur privé. C'est aussi pour cette raison qu'il se visite librement aujourd'hui, comme un espace public, et que sa restauration au XXe siècle relève d'un choix municipal.
| Période | Statut du château | Ce qui change pour Begur |
|---|---|---|
| XIe siècle | Construction par Arnust de Begur | Le sommet devient un poste de contrôle de la côte |
| 1360 | Vente par Pierre IV aux Cruïlles | Seigneurie noble durable |
| 1604 | Cession à la municipalité | Le château devient un bien communal |
| XXe siècle | Restauration des créneaux et de l'accès | La ruine devient un belvédère ouvert au public |
Trois destructions en quatre siècles
Le château de Begur paie cher son emplacement stratégique : il subit trois destructions majeures entre le XVe et le XIXe siècle. Chaque guerre qui traverse la Catalogne finit par atteindre ce sommet, justement parce qu'il commande la côte.
- 1468, la guerre civile catalane. Le conflit qui oppose le roi Jean II aux institutions catalanes ravage une bonne partie de l'Empordà ; la forteresse en sort très endommagée.
- 1694, l'incursion française. Les troupes du duc de Noailles envahissent la Catalogne pendant la guerre de la ligue d'Augsbourg, et le château de Begur figure parmi les places touchées.
- 1810, la guerre d'Indépendance. Pendant le conflit contre les armées napoléoniennes, la forteresse subit sa destruction finale, celle qui laisse la ruine que l'on voit encore.
Personne ne reconstruit ensuite le château dans son état médiéval. Les travaux du XXe siècle consolident la base, redonnent à la plateforme son couronnement de créneaux et aménagent la rampe d'accès. Le résultat tient de la mise en valeur plus que de la reconstitution : le visiteur lit sur place la trace de ces vicissitudes, entre maçonneries anciennes et parties restaurées.
Du château aux tours de guet : Begur face aux pirates
Le château de Begur ne suffit pas à protéger la population quand les raids de corsaires se multiplient sur la côte catalane, aux XVIe et XVIIe siècles. Les habitants élèvent alors des tours de défense dans le village et sur ses abords : des tours rondes ou carrées, souvent accolées à une maison, où les familles se réfugient à l'approche des navires.
Plusieurs de ces tours se dressent encore dans la vieille ville et dans les quartiers voisins, et leur lecture complète la visite. Le château surveille l'horizon, donne l'alerte, tandis que les tours protègent les maisons. Ensemble, ils dessinent un système de défense typique de la Costa Brava, où chaque village perché tenait à distance une menace venue de la mer.
Cet angle aide à comprendre pourquoi Begur s'est construit à l'intérieur des terres plutôt qu'au bord de la plage. Les criques, aujourd'hui si recherchées, restaient des lieux de pêche et de débarquement exposés ; la vie quotidienne se tenait en hauteur, sous la protection du château. L'église paroissiale Sant Pere, au cœur du centre historique, appartient à ce même village fortifié.
Monter au château depuis le village de Begur
Le château de Begur se rejoint à pied depuis le centre historique, par des ruelles puis un chemin qui grimpe la colline. Il n'existe pas de parking au sommet : la montée fait partie de la visite, et elle reste courte pour un marcheur en bonne forme.
L'itinéraire le plus simple part de la place centrale de Begur. On suit les rues qui montent vers le nord-ouest, entre maisons de pierre et façades d'indianos, puis un sentier pavé et une rampe restaurée mènent jusqu'à la plateforme. La pente reste soutenue sur la dernière partie, mais le revêtement est régulier.
- Chaussures : des semelles qui accrochent, car la pierre polie glisse par temps humide.
- Eau et chapeau : le sommet n'offre aucune ombre et aucun point d'eau.
- Moment : la lumière rasante du matin et de la fin de journée sculpte le relief de la côte ; à midi, la chaleur et la brume aplatissent le paysage.
Le château n'est qu'un point de départ. Les randonneurs prolongent souvent par les sentiers de la colline vers les criques, ou redescendent vers le littoral pour rejoindre le chemin de ronde entre Sa Tuna et Aiguafreda, un tronçon de sentier côtier taillé au-dessus de l'eau.
Avant la montée au castell : accès, horaires et chaleur
Les mêmes interrogations reviennent chez ceux qui préparent la visite du château de Begur. Voici les réponses que permettent les informations disponibles.
Le château de Begur est-il payant ?
Le château de Begur se visite librement : il s'agit de ruines en plein air, propriété de la commune, sans billetterie ni guichet. Aucun personnel n'encadre le site, ce qui laisse chacun libre de rester le temps qu'il souhaite sur la plateforme.
Le château de Begur est-il accessible en fauteuil roulant ?
L'accès au château de Begur a fait l'objet d'une restauration pensée pour les personnes à mobilité réduite, et la plateforme se rejoint par une rampe. La pente reste toutefois forte : un accompagnant est utile, et il vaut mieux éviter les heures chaudes.
Quand monter au château de Begur pour la meilleure vue ?
La vue depuis le château de Begur est la plus nette par temps sec et venté, quand la tramontane dégage l'horizon jusqu'aux Pyrénées. Le coucher du soleil attire du monde ; tôt le matin, le site reste calme et la lumière éclaire la côte de face.
Le panorama et sa rotonde de céramique
Le panorama justifie à lui seul la montée au château de Begur : c'est l'un des points de vue les plus complets de la Costa Brava centrale. Au sommet, une carte en céramique disposée en rotonde aide à nommer chaque élément du paysage visible depuis la tour.
Vers le nord, la baie de Roses dessine sa courbe, et par temps clair les sommets des Pyrénées ferment l'horizon, le massif du Canigó en tête. Au premier plan, les îles Medes, au large de L'Estartit, émergent de la mer. Plus près, la grande plage de Sa Riera s'ouvre au pied des pentes, avec l'Illa Roja, ce rocher rougeâtre qui la prolonge vers le nord.
Vers le sud et l'ouest, la vue glisse sur la plaine du Baix Empordà, ses champs et ses villages médiévaux, puis vers Palamós et la côte qui descend vers Sant Feliu de Guíxols. Les collines de Begur, couvertes de pins, cachent les criques d'Aiguablava et de Fornells, qu'on devine plus qu'on ne les voit.
Cette vue imprenable donne une leçon de géographie rapide : on comprend d'un regard la frontière entre la Costa Brava rocheuse, au relief tourmenté, et la côte plate de la baie de Pals. Ceux qui veulent descendre vers l'eau trouvent un repère utile avec la crique de Sa Riera et sa grande plage de sable, la plus vaste de la commune.
Begur au pied du château : vieille ville, indianos et Carmen Amaya
Le village de Begur mérite autant de temps que son château. Ses ruelles étroites, ses tours de défense et ses façades colorées racontent une autre histoire : celle des habitants partis au XIXe siècle chercher fortune à Cuba et revenus construire de grandes maisons coloniales, les maisons d'indianos.
Ces demeures, avec leurs galeries à arcades et leurs peintures en trompe-l'œil, donnent à la ville un air singulier sur la côte catalane. Chaque année, la Fira d'Indians célèbre ce passé lié aux Amériques, avec marché, musique et décors d'époque ; la page consacrée à la foire d'Indians de Begur détaille son déroulement.
Begur garde aussi la mémoire de Carmen Amaya, la danseuse de flamenco qui passa ses dernières années dans la commune et y mourut en 1963. Entre le château, le centre historique, les tours et l'église Sant Pere, le visiteur compose sans peine une demi-journée de découverte avant de descendre vers la mer.
Esclanyà, l'autre château de la commune
Esclanyà est un hameau rattaché à la commune de Begur, situé à l'intérieur des terres, sur la route de Palafrugell, et il possède lui aussi son château médiéval. Moins connu que le château de Begur, le castell d'Esclanyà se découvre au milieu des champs et des maisons de pierre, loin de l'affluence du littoral.
Le contraste entre les deux sites éclaire le patrimoine de la région. À Begur, le château perché sert de vigie et de belvédère ; à Esclanyà, la demeure fortifiée s'intègre au village agricole, au ras de la plaine. Les amateurs de vieilles pierres qui veulent explorer l'Empordà au-delà des plages trouvent dans ce hameau un charme plus discret, et une beauté rurale que les visiteurs pressés ignorent.
Un voyage dans cette partie de l'Espagne gagne à associer les deux étapes : une randonnée tranquille relie le centre de Begur à Esclanyà par des chemins agricoles, et la boucle offre une autre expérience de la commune, entre oliviers, murets et vues sur la colline couronnée de créneaux. Pour poursuivre la découverte des forteresses de la région, le village fortifié de Peratallada se trouve à courte distance dans l'arrière-pays.
Enchaîner avec les criques et la côte
Le château de Begur se combine naturellement avec une baignade : la commune compte plusieurs criques à quelques minutes de voiture du centre, chacune avec son caractère. Sa Riera offre la plage la plus large, la cala Aiguablava une eau turquoise au pied des falaises, avec le vénérable hôtel Aigua Blava sur sa pointe, Sa Tuna un petit port de pêcheurs, Aiguafreda une anse rocheuse et Platja Fonda un sable sombre au bas d'un long escalier.
Pour organiser la journée, plusieurs schémas fonctionnent. Le premier commence tôt au château, profite de la fraîcheur pour la montée, puis descend vers une crique pour la fin de matinée. Le second inverse l'ordre : baignade le matin, déjeuner dans la vieille ville, montée au sommet en fin d'après-midi pour la lumière dorée sur la côte.
En haute saison, les parkings des criques se remplissent vite et la circulation sur la route des plages devient lente ; la commune met en place des navettes ou des restrictions d'accès certaines années. Mieux vaut se renseigner auprès de l'office de tourisme de Begur avant de partir, car les règles changent d'une saison à l'autre.
Le château de Begur reste ainsi le point d'orientation de toute la visite : on le voit depuis presque chaque crique, et sa silhouette crénelée rappelle, à chaque virage de la côte, que ce village perché a d'abord été une place forte.





