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Costa Bravas

Passages, l'œuvre de Dani Karavan pour Walter Benjamin

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Le mémorial Passages de Portbou est l'œuvre d'art que l'artiste Dani Karavan a dédiée à Walter Benjamin, philosophe juif allemand mort dans la ville en septembre 1940. Un couloir d'acier descend vers la mer, fermé par une plaque de verre gravée : un passage qui rend hommage aux anonymes de l'exil.

Où
Au sommet de la falaise, à côté du cimetière municipal, au-dessus de la baie du village frontalier.
Quoi
Le mémorial Walter Benjamin de Portbou, signé Dani Karavan et inauguré en 1994 : un couloir, un escalier, un olivier, une plate-forme.
Pourquoi
Le philosophe Walter Benjamin s'y donne la mort le 26 septembre 1940, bloqué à la frontière après sa traversée des Pyrénées.

Walter Benjamin à Portbou, les dernières heures d'un exilé

Walter Benjamin arrive à Portbou le 25 septembre 1940, au terme d'une marche à travers la montagne depuis Banyuls-sur-Mer, par l'itinéraire aujourd'hui balisé sous le nom de route Walter Benjamin, au départ de Banyuls. Le penseur juif allemand fuit la France de Vichy avec un petit groupe guidé par Lisa Fittko, qui connaît le sentier de contrebande passant au-dessus de Cerbère. Il porte une lourde serviette de cuir, dont le contenu n'a jamais été retrouvé.

À leur descente vers la ville, les autorités espagnoles annoncent aux réfugiés qu'ils seront refoulés vers la France, faute de visa de sortie français. Pour un intellectuel recherché, ce retour signifie la remise aux autorités allemandes, puis la déportation vers les camps. Au cours de la nuit, à l'hôtel de Francia, il absorbe une dose massive de morphine. Le registre de la commune déclare le décès le 26 septembre 1940 ; ce suicide le 26 septembre marque la fin de la vie de l'auteur de Sur le concept d'histoire. Le lendemain, ses compagnons obtiennent le droit de poursuivre leur route vers Lisbonne.

Ce destin, au début de la Seconde Guerre mondiale, explique pourquoi la ville de Portbou est devenue un lieu de mémoire européen. Benjamin a Portbou, c'est l'histoire d'une frontière fermée quelques heures trop tôt, et celle de milliers de réfugiés passés par ce même col pendant la guerre civile puis la Seconde Guerre mondiale.

Dani Karavan et la conception de l'œuvre

Dani Karavan, sculpteur israélien né à Tel-Aviv en 1930 et mort en 2021, conçoit le mémorial au début des années 1990, à la demande de la Generalitat de Catalogne et du gouvernement allemand. L'artiste Dani Karavan travaille toute sa vie sur des œuvres insérées dans le paysage, à l'échelle d'une colline ou d'une place, plutôt que sur des statues posées sur un socle.

À Portbou, l'israeli artist Dani Karavan, comme le présentent les sites anglophones, renonce à toute figure du philosophe. Il compose un parcours : le visiteur ne regarde pas l'œuvre, il la traverse. Le titre « Passages » réunit trois sens. Il renvoie au dernier passage de Benjamin entre la France et l'Espagne, à son immense ouvrage inachevé sur les passages couverts de Paris (le Passagenwerk, ou livre des Passages), et aux seuils successifs que franchit chaque visiteur, de la lumière vers la mer.

L'œuvre associe l'acier Corten, le verre et la pierre, et fait de la roche elle-même un support : la sculpture n'existe qu'avec la falaise et la mer. Dani Karavan a signé d'autres créations de ce type dans le monde, comme l'Axe majeur de Cergy-Pontoise ou le monument du Néguev à Beer-Sheva. En catalan, l'œuvre se nomme Passatges ; elle compte parmi les lieux de mémoire les plus connus de la province de Girona, et l'un des rares hommages d'art contemporain consacrés à un penseur du XXe siècle sur la côte catalane.

La Fundació Angelus Novus, qui entretient la mémoire de l'exil à Portbou, consacre une large place à l'artiste et au projet sur son site.

Le parcours dans le mémorial, de l'escalier à la plaque de verre

Le mémorial Passages se découvre en plusieurs étapes, et chacune joue sur le contraste entre l'ombre et le bleu de la Méditerranée.

  • Le couloir d'acier : une tranchée en acier rouillé plonge dans la falaise. Un escalier étroit descend entre ses parois, et la vue se réduit à un rectangle de ciel et d'eau.
  • La plaque de verre : au bas des marches, un panneau vitré barre le passage, juste au-dessus des remous de la crique. Le visiteur ne peut aller plus loin, comme le philosophe arrêté à la frontière.
  • L'inscription : sur le verre, une phrase de Benjamin, tirée de Sur le concept d'histoire, est gravée en plusieurs langues : « Il est plus ardu d'honorer la mémoire des anonymes que celle des êtres célèbres. »
  • L'olivier et la plate-forme : en remontant, un chemin mène vers un vieil olivier et une plate-forme ouverte sur la mer et les Pyrénées.

Ce memorial sculpture n'impose aucun sens de lecture : beaucoup de promeneurs descendent l'escalier deux fois, la première pour le vertige, la seconde pour lire l'inscription. Plus qu'une simple visite, c'est une expérience physique : le tunnel resserre l'espace, le bruit des vagues monte, puis la vitre arrête le corps. Cette expérience du seuil, unique sur la Costa Brava, fait de l'endroit une étape à part dans un séjour culturel en Catalunya.

La tombe du philosophe dans le cimetière voisin

Le cimetière municipal, juste à côté du mémorial, garde le souvenir de Walter Benjamin, enterré en 1940 dans une niche louée puis transféré plus tard dans une fosse commune dont l'emplacement exact reste inconnu. Une pierre tombale, posée des décennies plus tard, porte son nom et une citation gravée.

Cette sépulture symbolique sert de monument à la mémoire de Walter Benjamin, au même titre que l'œuvre de Karavan. Les visiteurs y déposent souvent des cailloux, selon la tradition juive. Depuis le haut du cimetière, la vue embrasse la baie, la gare internationale et les crêtes que le groupe de 1940 a franchies.

Organiser sa visite à Portbou

Portbou, dans l'Alt Empordà, se trouve à l'extrémité nord de la Costa Brava, en Espagne, Catalogne, juste après la frontière de Cerbère. Les voyageurs écrivent parfois Port Bou, en deux mots, mais la commune s'écrit d'un seul tenant.

En voiture
La route côtière franchit le col des Belitres, point de passage entre France et Espagne, puis descend en lacets vers la baie. Le mémorial domine le village, côté sud.
En train
La gare internationale relie Cerbère et Figueres ; du quai, une montée à pied conduit au cimetière en un quart d'heure environ.
Sur place
Le mémorial walter benjamin portbou est en plein air ; prévoir de bonnes chaussures, les marches deviennent glissantes par temps humide.

Des visites guidées au mémorial sont proposées par l'office de tourisme à certaines dates, avec un parcours dans la ville sur les traces des réfugiés ; les dates changent selon la saison et se vérifient auprès de l'office. Avant de monter, la plage principale du port, la Platja Gran, offre une halte au pied de la falaise.

Marcher sur la route de l'exil depuis Banyuls

Le sentier emprunté en 1940 est balisé aujourd'hui sous le nom de chemin Walter Benjamin. Il relie Banyuls-sur-Mer au village espagnol par la montagne, sur environ 17 kilomètres, et demande une bonne journée : plusieurs heures de marche, du dénivelé et une condition physique correcte, avec de l'eau, car le parcours ne croise aucun point de ravitaillement.

Les étapes, les balises et les points de vue sur la côte varient selon la saison et l'état du sentier ; le topo de l'office de tourisme les détaille. Finir la randonnée au mémorial donne tout son sens à l'œuvre : le visiteur arrive par le même versant que le philosophe et découvre la baie qu'il a vue.

Pour le reste du séjour, les ruelles colorées, la gare et les criques du village frontalier entre gare et crique se visitent en une demi-journée.

Le mémorial Passages en trois questions

Faut-il payer pour entrer au mémorial Passages ?

Le mémorial Passages est un espace public en plein air, accessible librement ; seules les visites guidées organisées par la commune peuvent faire l'objet d'une inscription.

Combien de temps prévoir pour la visite ?

La visite du mémorial et du cimetière voisin prend environ une heure, montée depuis la gare comprise ; il faut compter davantage pour lire les panneaux et profiter de la vue.

Pourquoi le mémorial porte-t-il le nom de Passages ?

Le nom renvoie au dernier passage de Walter Benjamin entre la France et l'Espagne, à son livre inachevé sur les passages parisiens et aux seuils que franchit le visiteur dans l'œuvre de Dani Karavan.

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